NEDITO
N°44
C’est
qui le maître ici ?
Je
suis un vrai berger qui aime la nature,
J'ai aussi une passion : j’élève des moutons !
Les beaux paysages que j’leur offre en pâture,
Sont, sans hésitation, les pièces de ma maison...
Ils naissent tous dans ma chambre, plus précisément sous mon lit
et, en général, la nuit. Au petit matin, ils avancent en tapinois,
longeant les plaintes, s’entassant sous l’armoire… Lorsque
je sens qu’ils sont prêts, j’ouvre la fenêtre et s’offrent
alors à eux de nouveaux paysages ! Je les emmène où je veux,
pas besoin de chien, ils évoluent dans la pièce grâce aux
courants d’air et s’ils s’éparpillent un peu trop, hop
! je les rassemble d’un coup de bâton.
C’est dans le couloir qu’ils font une première rencontre :
les poussières d’un ancien troupeau. Leur fusion les fortifiera
contre d’éventuels prédateurs. La salle de bain est probablement
la pièce la plus substantielle pour eux. Dans chaque recoin, ils ruminent
longuement quelques cheveux, poils, voire des peaux mortes ou des bouts d’ongles…
En passant devant la porte d’entrée, ils récupèrent
tout ce que nos chaussures n’ont pas voulu garder… Jamais rassasiés,
je les emmène finir les miettes qui jonchent le sol de ma cuisine, renforçant
ainsi leur toison laineuse et frisée de graisse… À l’issue
de cette croissance, ils vont pouvoir s’épanouir dans le plus grand
espace dont je puis leur offrir : le séjour/salon !
Mais un vent de panique s’élève dans la maison ! Tout comme
mes animaux à peine apprivoisés, je me fais domestique… Je
dois les préserver d’une fin triste et tragique. L’ouragan
arrive, il faut tout balayer et trouver un refuge protecteur !
Heureusement, j’ai un endroit inexploré, un asile inespéré
contre le chiffon du cyclone et les cris de la patronne ! Sous la petite table
du salon, il y a un tapis large et rond. Le soulevant délicatement, j’y
disperse mes petites bêtes… Deux ou trois coups de bâton aplanissent
la surface…
C’est à ce moment que ma bergère fait irruption dans la maison,
me surprenant le balai à la main, elle constate avec bonheur la propreté
du sol et m’entraîne avec ardeur dans notre chambre…
J’aime assez cette violence dans nos rapports, car du tremblement des lattes
de notre lit, tomberont des petits flocons de poussières, créant
ainsi un nouveau troupeau !
Fred
juin 2008